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J'ai choisi le numérique! Danielle Ibohn, digital manager

Autodidacte, Danielle Ibohn a réalisé son rêve : devenir digital manager ! Aujourd'hui, elle décide d'entreprendre un nouveau défi ... Découvrez son portrait !

Femmes du Numérique : Pour commencer, quelle est votre définition du « numérique » ?

Danielle Ibohn : Le numérique est cet ensemble d’outils et de données qui permet d’être aussi présent ici et ailleurs. Le numérique est relatif parfois (pour moi) à avoir un don d’ubiquité, mais surtout d’effectuer un voyage dans l’espace-temps en domptant les fuseaux horaires. Ce qui est révolutionnaire.

 

FDN : Les femmes, une opportunité pour le numérique. Le numérique, une opportunité pour les femmes. Qu’en pensez-vous ? Pourquoi avez-vous choisi ce secteur ?

DI : Pourquoi j’ai choisi le numérique ? Je dirais plutôt que c’est ce secteur qui m’a choisi. Au départ, je pensais gérer un projet journalistique à l’université (gestion d’un site d’actualités pour étudiants). Finalement, aujourd’hui encore je m’en occupe et cela me passionne beaucoup. Dans ce cas précis, je ne pense pas que c’est une question de personnalité mais de passion. Tant de révolutions ont commencé par la passion. Pour moi, le numérique est une opportunité pour toutes les femmes qui souhaitent se lancer dans un métier d'avenir. Alors les femmes dans le numérique, j’y crois !

 

FDN : Avez-vous rencontré des difficultés pour votre orientation ou au contraire avez-vous été soutenue ? Quel était le regard de vos enseignants, conseillers d’orientation, proches, amis, parents face à ce choix ?

DI : Je viens d’Afrique, du Cameroun. C’est un pays où le dictat était d’entrer dans la fonction publique. Il fallait que je fasse des études de droit alors que je voulais faire des études de journalisme. Ensuite, je voulais faire digital manager, ce qui aux yeux de tous était pire ! J’étais surtout incomprise. Alors, j’ai tenu bon malgré tout ! Aujourd’hui, mon entourage commence à comprendre même si ce n’est pas encore gagné !

 

FDN : Pendant vos études et dans vos stages, comment avez-vous vécu le fait d’évoluer dans un milieu majoritairement masculin ? Avez-vous eu l’impression d’être traitée différemment des étudiants et stagiaires masculins ?

DI : Quoiqu’on dise, on est traité différemment, vu différemment. J’ai remarqué cela lorsque j’ai commencé à me former. Je suis autodidacte et les commentaires à mon égard surtout masculins ont été d’une méchanceté... Mais je ne m’arrêtais pas à ça.

Quand je ne savais pas, je demandais. On se moquait de moi, parce que je ne maitrisais pas les concepts même si je travaillais dur pour mieux les appréhender. Je me disais, avec le temps ça ira. Non ! Je gère actuellement une filiale d’une agence digitale www.peopleinput.com et le discours est le même pour mes collègues hommes. Je dois réexpliquer plusieurs fois mes prises de décisions, parce qu’apparemment je fonctionne avec mes émotions. Je suis une "introvertie-hystérique".  Autrement dit, je manifeste mon hystérie intrinsèque (intrinsèque, parce que je n’élève pas la voix) en demandant de reprendre plusieurs fois un rapport. Alors que c’est simplement ce qu’on appelle la rigueur.

 

FDN : Présentez-nous votre projet professionnel. Comment envisagez-vous votre carrière ?

DI : Je ne souhaite pas m’éterniser en agence. Le but est surtout de donner des formations aux communautés rurales sur le mangement de leurs projets en s’appuyant sur l’appropriation du numérique. Je donne actuellement cette formation lors de séminaires ou de colloques. J’envisage la suite de ma carrière surtout dans l’Ingénierie d’affaires en solutions technologiques complexes … Il s’agira de pousser de plus en plus l’appropriation. On pourra développer des solutions pour des grands comptes. En somme, vivre dans son village et faire affaire avec le monde entier.

 

FDN : Vous faites partie de la génération Y. Quel est votre regard sur les questions d’égalité femme-homme ?

DI : Elle évolue sur les questions d’égalité. Des programmes sont mis en place dans mon pays pour se faire, surtout dans l’éducation. Pourtant, le taux d’inscription des filles dans les Universités d’Etat Camerounaise est passé de 72% en 2009 à moins de 42% en 2012. Encore moins dans les séries scientifiques. Les femmes n'aiment pas les séries scientifiques. La question d’égalité, aujourd’hui, c’est nous qui la résolvons. Pas les programmes ! Nous, d’abord !

 

FDN : Quel conseil donneriez-vous à une lycéenne qui hésite à s’inscrire dans un cursus numérique ?

DI : J’aimerais lui dire qu’elle a de la valeur. Elle n’a pas à être prédisposée à ce que la société et surtout ce que sa famille veut d’elle. Quelle trace voudrait-elle laisser à l’humanité ? Nous sommes toutes de passage dans ce monde. Nous laissons des traces physiques certes, mais je parle avant tout de traces d’évolution, de changement qui ont beaucoup plus d’impacts. Mère Téresa, Aung San Suu Kyi, Michelle Obama, Angeline Kidjo, Anne-Marie Nzié sont des femmes qui laisseront leurs empreintes. Elles seront dans des livres d’histoires. Et toi ? Quelle sera ta place ? 

 

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